13/01/2023
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Épidémiologie

Des capteurs à mildiou se déploient dans le Bordelais

Le projet de recherche 'Visa' est lancé depuis trois ans par l'Institut français de la vigne et du vin Nouvelle-Aquitaine. Le principe ? Capter des spores de mildiou pour apprécier plus finement la pression fongique afin d'adapter les traitements et proposer, à terme, un maillage du territoire avec des capteurs installés en réseau.

Le mildiou s'appuie sur un cycle de reproduction sexuée en hiver et asexuée au printemps, période au cours de laquelle la propagation des spores se réalise dans l'air.

© Crédit photo : DR

Un capteur de spores de mildiou. Voilà un exemple assez récent du travail de la recherche française, comme l'explique Marc Raynal, de l'Institut français de la vigne et du vin. Ce capteur de sporée aérienne est actuellement en phase de test dans le cadre du réseau 'Visa', l'idée étant de proposer, à moyen terme, un réseau de capteurs pour fournir de nouvelles informations épidémiologiques. "Dans cette ère de la viticulture de précision, qui dit précision, dit mesure, donc réception de signaux. Or, on s'est rendu compte qu'aujourd'hui, le seul capteur pour mesurer le mildiou était... une station météo !", explique l'ingénieur du pôle Nouvelle-Aquitaine de l'IFV. Cette station fournit en effet les données pluviométriques, la température, l'hygrométrie, le tout étant ensuite passé dans un modèle prédictif qui anticipe le développement épidémiologique. Le projet 'Visa', lancé en 2020, vise donc à apporter de nouveaux éléments d'information, en faisant le lien entre la climatologie et la mesure d'ADN capté des spores.

Pour rappel, le mildiou s'appuie sur un cycle de reproduction sexuée en hiver (avec la production de génotypes différents), et asexuée (reproduction de clones de même génotype) au printemps, période au cours de laquelle la propagation des spores se réalise dans l'air. "On peut avoir différentes germinations et les spores peuvent se maintenir plusieurs années, en fonction de l'eau libre présente et des températures qui vont influer sur la vitesse d'évolution", rappelle le scientifique.

Calibrer la quantité de spores présentes dans l'air

Dans le projet 'Visa', les chercheurs s'intéressent spécifiquement à la phase estivale, qui assure la propagation des spores, même si ces dernières peuvent également se trouver dans la litière au sol, dans des zones où se sont amassées des feuilles présentant, ou non, des symptômes de mildiou, mais également de black-rot.

Le capteur testé est fabriqué au Royaume-Uni. Il dispose d'un moteur électrique alimentant une batterie - "nous travaillons pour le coupler à des panneaux solaires pour assurer son autonomie" - sous lequel est positionné un boîtier dans lequel sont mises des allumettes enduites de vaseline, qui vont capturer les spores. Le système tourne à la vitesse de 2 400 tours/min et le vent n'impacte pas son fonctionnement. "Nous utilisons ensuite un boîtier plus petit, la LAMP-PCR, une technologie adaptée aux analyses de terrain, qui permet de faire une analyse PCR des allumettes. Le résultat se traduit sous forme de courbe directement liée à la concentration ADN des spores. Cela permet de calibrer la quantité de spores" ramenée à un volume d'air théorique de nombre de spores/m3. À noter que ce projet est soutenu par une thèse.

Cette technologie, récente, se différencie des tests PCR où l'on extrait de l'ADN. "Là, il s'agit juste d'une lyse cellulaire, et la fourniture de l'information est très rapide." Autre intérêt : cet outil et cette technologie sont p eu sensibles aux pollutions environnementales.

Un maillage en réseau justifié

Lancé en 2020, ce projet en est désormais dans sa 3e année d'évaluation, et les chercheurs ont d'ores et déjà pu répondre à quelques interrogations. Tout d'abord, la hauteur de positionnement de ce capteur. "La littérature penchait pour un positionnement en hauteur. Nous avons testé également au milieu du palissage et dans la végétation. On imaginait en effet que le fait de positionner le capteur dans les grappes permettrait de détecter plus tôt le champignon", explique Marc Raynal. Mais il n'en est rien, pas de différence entre les différentes positions.

Le système fonctionne 24 heures/24 et le boîtier collecté trois fois par semaine. "Nous avons aussi découpé les tranches de collectes par quatre heures, pour voir si - comme pour le Botrytis - on avait des fluctuations durant la journée." Mais la capture de spores se fait bel et bien en continu.

Déploiement en cours

Les chercheurs ont également voulu évaluer la représentation spatiale en installant six capteurs, "afin de voir si la réponse était homogène" entre eux. "Nous observons une capture très marquée par l'état sanitaire des rangs. De fait, la portée spatiale semble relativement faible et justifie donc de travailler en réseau." D'ailleurs, ce dernier a commencé à être déployé en 2021, avec 25 capteurs par partenaire sur le vignoble de Bor- deaux. En 2022, ce réseau s'est enrichi et compte désormais 70 points de collecte d'informations. "L'objectif est bien de mettre en place un outil de suivi pour la filière, et de construire un outil à portée régionale", résume le chercheur de l'IFV.

Réduction de traitements en vue

Côté vigneron, l'IFV a proposé un partenariat (1 000 € pour le capteur et la batterie), demandant en retour le respect de la confidentialité des données. "Le vigneron a accès à la carte de l'état sanitaire sur l'ensemble du réseau de capture de sporée en construction." Il s'engage à suivre un protocole de suivi commun avec un relevé des boîtiers les lundi, mercredi et vendredi. Il envoie ensuite les collectes et ces dernières sont analysées dans les 48 heures après réception. Une carte hebdomadaire est alors réalisée.

Côté premiers résultats en cette 3e année de fonctionnement (et 1re année du réseau), les spores sont détectées dans l'air dans 80 % des cas avant apparition des symptômes. "Nous observons aussi un lien entre météo et apparition des spores huit jours plus tard environ. La capture des spores est donc bien une conséquence climatique", résume Marc Raynal. Selon le chercheur, il semble possible de pouvoir économiser sur les quatre à six premiers traitements habituellement réalisés en saison, grâce au suivi de la sporée. "Nous allons expérimenter cette année une stratégie phytosanitaire basée sur la modélisation du risque via les capteurs météo et de sporée, et suivre l'apparition des symptômes, avec 15 vignerons partenaires", conclut-il. 

Céline Zambujo •

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