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Occitanie

Changement climatique et eau : agir avant qu'il ne soit trop tard

Réunis en session, le 5 décembre, à Toulouse, les élus de la Chambre régionale d'agriculture d'Occitanie ont enchaîné avec une table ronde sur la nécessité d'agir pour la mobilisation des ressources en eau.

Chambres d'agriculture, Région et Agences de l'eau sur le pied de guerre face au changement climatique. Tour de table autour de la mobilisation de la ressource en eau et de l'urgence à agir, le 5 décembre dernier.

© Crédit photo : FG

La préfiguration du changement climatique attendu en Occitanie est tout sauf réjouissante. Si la saison de recharge en eau, de septembre 2021 à mars 2022, était presque normale en Occitanie, (- 1 % contre - 18,8 % à l'échelle de la France), hormis à l'est de la région, notamment dans le Gard (- 15 %) et la Lozère (- 25 %), le printemps 2022 a été le troisième printemps le plus chaud depuis 1960, et relativement sec aussi, avec un déficit de 25 % à l'échelle de la région. À cela s'est ajoutée une pluviométrie très contrastée sur le territoire, avec, par exemple, un excédent de 100 % dans l'ouest de l'Hérault, alors que l'ouest de Midi-Pyrénées et la Lozère étaient en déficit de 35 à 40 %.

Ces déficits ne se sont pas résorbés par la suite, en raison d'un été exceptionnellement chaud, avec trois vagues de chaleur, et encore de très grandes disparités entre les territoires. Pour couronner le tout, la sécheresse s'est poursuivie à l'automne (déficit de 28 %), entraînant des déficits pouvant aller jusqu'à 70 % du Roussillon aux Cévennes. Au final, "d'avril à octobre 2022, nous avons enregistré un record de température moyenne, ainsi qu'un record de déficit de précipitation, atteignant - 42 %, soit 225 mm en moins", récapitule Jean-Michel Soubeyroux, de Météo France. S'en est suivie une sécheresse des sols longue (durée : sept mois), ce qui n'était pas arrivé depuis 2011, impactant 85 % de la surface agricole de la région.

Le manque d'eau ira crescendo en Occitanie

"Sur plusieurs points, cette sécheresse peut être reliée au changement climatique", indique le météorologue, notamment par rapport aux trois vagues de chaleur et à l'anomalie thermique tout au long de l'année 2022, mais aussi par rapport au déficit de précipitations durant l'été et à la sécheresse des sols. "En revanche, la sécheresse hivernale que nous avons connue n'est pas à relier au changement climatique, cela fait plutôt partie de la variabilité du climat", souligne-t-il. Ce qui est certain, c'est que ces tendances vont s'inscrire dans le temps. Suivant les scénarios établis par le Giec, la hausse de la température moyenne devrait se poursuivre de 1 à 1,5°C en 2050, et de 1,6°C à 3,8°C en fin de siècle. Dans tous les cas, "le réchauffement sera plus marqué en été et en automne qu'en hiver et au printemps. Il en sera de même pour les températures maximales, voire extrêmes, et les vagues de chaleur", ajoute-t-il.

À cela s'ajoutera une plus grande variabilité des précipitations, avec une évapotranspiration en hausse, une aggravation de la sécheresse des sols et des débits annuels en baisse. Il faut donc s'attendre à avoir de moins en moins d'eau sur l'ensemble de l'année. "C'est la raison pour laquelle il est urgent d'agir. Il en va de la survie de l'agriculture qui, avec l'agroalimentaire, représentent le premier secteur d'activité économique en Occitanie. L'eau, l'agriculture en a besoin pour assurer la levée des cultures et les sécuriser", rappelle Philippe Jougla, président de la FRSEA Occitanie. "Si on ne retient pas l'eau, on va perdre des agriculteurs et des entreprises", ajoute le président de la Chambre régionale d'agriculture d'Occitanie, Denis Carretier.

Bien que le ministère de l'Agriculture ait bel et bien souligné l'importance de l'eau, notamment pour certaines phases des cultures, ainsi que pour des cultures spécifiques, le Varenne de l'eau a toutefois replacé le débat sur la recherche d'un équilibre entre besoins et ressources en eau. Ce qui pose, entre autres, la question de la mobilisation de la ressource pour l'agriculture. Mais "compte tenu de l'année que l'on vient de passer, il va falloir changer le logiciel dans les pratiques agricoles", souligne Jean-Louis Cazaubon, vice-président de la Région Occitanie, en charge de la souveraineté alimentaire, la viticulture et la montagne, avant d'ajouter que la collectivité sera à l'écoute des besoins des agriculteurs et les concertera.

Projets de mobilisation de la ressource en eau

Pour déterminer précisément les besoins en eau et mettre en face les projets y répondant, mais aussi donner un coup d'accélérateur aux projets individuels et collectifs qui émergent, la Chambre régionale d'agriculture d'Occitanie a proposé, lors de sa session, le 5 décembre, de mettre en place une cellule opérationnelle en ce sens (lire ci-contre). "C'est une sorte de task force pour faire aboutir la mobilisation des ressources en eau, avec des retenues collinaires, voire des retenues plus importantes ou encore la réutilisation des eaux usées. Cette cellule sera installée en janvier prochain. Il faut aller vite, car les agriculteurs sont dans un véritable désarroi, encore plus marqué avec cette année 2022, qui a été atypique sur tous les plans : hausse de toutes les charges, difficultés économiques pour toutes les filières, inondations, gel, sécheresse et canicule. La coupe est pleine", confie Pierre Goulard, chef du service agroécologie, eau et climat à la Chambre régionale d'agriculture.

D'ores et déjà, 140 projets ont été ciblés dans les 13 départements de l'Occitanie, dont 60 % portent sur des projets individuels et collectifs de retenues, le reste se répartissant entre des extensions de réseaux et la réutilisation des eaux usées. "Ce sera à la Chambre régionale d'agriculture de prioriser ces projets. Dans tous les cas, les retenues ne sont pas un gros mot. Ce qu'il faut, c'est de la volonté, puis la validation des projets et, bien sûr, des financements. Or, c'est là où le bât blesse, car il n'y a pas de financements. Si l'on n'obtient pas de fonds européens pour financer ces projets, les autres partenaires ne suivront pas derrière. Or, on est à sec. Et, sans eau, il n'y aura pas d'agriculture, ce qui posera aussi la question de l'aménagement du territoire", expose Denis Carretier.

Mais si tout le monde s'accorde sur la nécessité de la ressource en eau pour conserver une agriculture productive, territorialisée et dynamique, le changement climatique rebat les cartes. Faut-il garder la même agriculture ? "La réponse est non. L'agriculture doit s'engager dans la transition agroécologique. C'est la raison pour laquelle les Agences de l'eau s'engagent auprès d'elle, en apportant des financements pour accomplir cette transition. Et, pour sécuriser la ressource en eau, et assurer un équilibre entre besoins et ressources, c'est un mix de solutions qu'il faudra mettre en place, car s'en tenir à la création de retenues n'apportera pas toutes les solutions, même si celle-ci en fait partie", rapporte Franck Solacroup, de la délégation Garonne amont à l'Agence de l'eau Adour Garonne. Et de rappeler que dans les mesures prévues lors du comité de bassin Adour Garonne, la création de retenues, permettant de disposer de 110 à 150 millions de mètres cubes, est maintenue. "Mais pour arriver à réaliser ces projets, il faudra passer par des PTGE (Projets de territoire pour la gestion de l'eau)", ajoute-t-il. 

Les inquiétudes du monde agricole

Si les agriculteurs ne rechignent pas à la concertation, les situations ubuesques auxquelles ils sont confrontés à ce sujet ne manquent pas. "En matière de substitution et d'économie d'eau, nous sommes les champions en Roussillon. Nous parvenons à économiser 30 millions de mètres cubes par an, grâce aux travaux que nous avons entrepris sur tous les canaux qui maillent notre territoire. Sur le territoire, on se parle autour de la mise en place d'un PTGE. Des efforts, on en fait constamment. Ce qui n'a pas empêché France Nature Environnement d'attaquer des arrêtés préfectoraux sur les débits réservés du fleuve La Têt. Il y a dix jours, le tribunal a rendu sa décision, et le juge est allé dans le sens de l'association, et même au-delà. Conséquence : 6 000 ha d'arboriculture et de maraîchage sont menacés de disparition. Quatre communes sont aussi menacées de ne plus avoir d'eau potable avec ce jugement. On marche sur la tête. Force est de constater que l'on est sur du dogme. Or, il y a urgence à agir, car on est en train de crever. Il faut donc avancer, mais avec quels moyens ?", questionne Fabienne Bonet, présidente de la Chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales.

Au final, le Varenne de l'eau ne serait-il qu'une liste de vœux pieux ? Le monde agricole se refuse à le croire, mais ne voit toujours rien venir. "On a le Varenne de l'eau à organiser à l'échelle de notre territoire, mais on n'accouche de rien, alors qu'on multiplie les réunions. Tout le monde est pour, mais personne n'est ni croyant ni pratiquant en la matière alors qu'il y a urgence. Le préfet nous dit qu'il faut communiquer sur le sujet, mais sur quoi ? On nous balade d'un côté et de l'autre, alors que les agriculteurs sont en grande souffrance. L'eau, c'est l'assurance de nos récoltes. Et sans financement, nous n'aboutirons à rien. Si cela continue ainsi, je crains que des mobilisations du monde agricole éclatent", conclut le président de la Chambre régionale d'agriculture d'Occitanie. 

Florence Guilhem •

À savoir-

Mise en place d'une cellule opérationnelle

Face aux événements climatiques extrêmes de la campagne 2021-2022, les tensions sur l'alimentation en eau potable, les nouveaux besoins en eau pour les cultures et les territoires, et en droite ligne des conclusions du Varenne de l'eau, le 5 décembre, lors de sa session, la Chambre régionale d'agriculture (CRA) a voté une délibération sur la mobilisation de la ressource en eau en Occitanie.

Dans le cadre de cette délibération, la Chambre propose de mettre en place une cellule opérationnelle de suivi des projets de mobilisation de la ressource en eau et d'identification des points de blocage. Composée des représentants de l'État, des Agences de l'eau, de la Région, des Chambres d'agriculture, et placée sous l'autorité du préfet, de la présidente de Région et du président de la CRA, elle aurait pour mission : le recensement de tous les projets agricoles individuels ou collectifs en lien avec l'eau ; le suivi et l'aboutissement des démarches PTGE (Projets de territoire pour la gestion de l'eau) ou PGRE (Plan de gestion pour la ressource en eau) ; et l'identification de secteurs en déficit structurel pour lesquels la création d'ouvrages de grande hydraulique, à vocation multi-usages, serait à envisager.

Florence Guilhem •

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